Peu après sa prise de fonction à la tête de la commune urbaine de N’Zérékoré, le maire Germain Tavaguez Kolié met la salubrité publique en tête de ses chantiers. Son constat est double : la décharge municipale, à quatre kilomètres du centre-ville, ne remplit plus son rôle, et une partie des déchets finit dans la rivière Tilé, au cœur de la ville. L’édile annonce une refonte du circuit de gestion des ordures, articulée autour de points de collecte de proximité, d’un abonnement obligatoire pour les foyers et de sanctions contre les récalcitrants.
Une décharge devenue inaccessible
Le site du dépotoir communal s’était transformé en obstacle : les monceaux de déchets accumulés en bloquaient l’entrée, empêchant tout nouveau dépôt. Selon le maire, faute d’espace pour évacuer les tas existants, les usagers ont continué de décharger jusqu’à condamner eux-mêmes l’accès. La situation a été aggravée par l’arrivée de denrées avariées provenant des magasins détruits lors de l’incendie du grand marché.
Rétablir l’accès a donc constitué la première tâche de l’équipe municipale. « L’une des premières choses que nous avons faites, c’est d’abord d’évacuer ce lieu : on ne peut pas continuer à ramasser les ordures dans la ville sans avoir un endroit approprié pour les déposer et les traiter », explique Germain Tavaguez Kolié. Il rattache directement cette urgence aux suites de l’incendie du marché, qui a produit une grande quantité de déchets alimentaires.
La rivière Tilé, source d’inondations
L’autre front ouvert par la mairie concerne les collecteurs informels et certaines PME. Pour ne pas parcourir les quatre kilomètres qui séparent la ville de la décharge officielle, des charretiers vident leurs chargements de manière clandestine dans le cours d’eau qui traverse N’Zérékoré. En pleine saison des pluies en Guinée forestière, ces déversements bouchent l’écoulement des eaux et exposent les habitants riverains.
Le maire relie ce phénomène à des drames antérieurs. « Un charretier qui transporte des ordures ne va pas pousser sa charrette sur plus de 4 km jusqu’ici. Malheureusement, ce sont souvent ces personnes qui déversent dans la rivière Tilé, qui est aujourd’hui une source d’inondations de la ville. Comme vous le savez, il y a eu des morts dans des inondations par le passé ; ce sont donc des causes profondes qu’il faut traiter », déclare-t-il. Il précise que les PME souhaitant intervenir dans l’évacuation devront disposer d’une autorisation pour accéder au dépotoir, et souligne l’absence de traçabilité des déchets transportés par les opérateurs privés.
Un dispositif réglementé, du quartier à la décharge
Pour rompre avec ces pratiques et impliquer les habitants, la commune prépare une réorganisation d’ensemble de la gestion des déchets. Dans l’attente d’un accord avec un partenaire technique chargé du traitement et du recyclage, deux mesures sont mises en avant.
- La création de points de regroupement de proximité : une commission sera chargée d’aménager, secteur par secteur, des espaces intermédiaires où les ordures seront rassemblées avant d’être conduites vers la décharge principale par les PME.
- L’instauration d’un abonnement obligatoire : chaque foyer devra souscrire auprès d’une PME agréée en réglant une taxe ménagère présentée comme modique, dont les recettes serviront à payer le personnel d’assainissement.
Des amendes pour les contrevenants
Les ménages qui refuseront d’entrer dans ce circuit encadré s’exposeront à des sanctions pénales et financières. Le maire justifie l’obligation d’abonnement par la nécessité de couvrir tous les foyers pour que leurs déchets soient pris en charge.
« Chacun de nous a une responsabilité à prendre : ne pas déposer les ordures n’importe comment. On va inviter tout le monde à s’abonner. C’est très important parce que s’ils ne s’abonnent pas, on ne peut pas traiter leurs déchets, et nous allons mettre des amendes pour les personnes qui ne feront pas correctement ce travail », prévient Germain Tavaguez Kolié, qui présente cette contribution comme peu coûteuse au regard de la protection de la ville contre les maladies.