Une requête a été transmise à la France pour obtenir le retour de quatre restes humains liés à l’Almamy Bocar Biro Barry, figure de l’histoire du Fouta-Djallon. L’annonce a été faite à Mamou par le ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla, qui y présentait le volet culturel du programme Simandou 2040.
Un musée et un centre culturel pour la ville carrefour
Le déplacement du ministre s’inscrit dans un plan national confié à son département. Selon lui, l’exécutif a chargé le ministère de mener plusieurs projets à travers le pays, avec la création d’équipements culturels et de musées dans les chefs-lieux de région. « Nous sommes ici pour dérouler un programme national qui est adossé à la vision du président, Simandou 2040 », a déclaré Moussa Moïse Sylla.
Le futur centre culturel de Mamou est présenté comme un espace destiné à la jeunesse et aux artistes. Le ministre le décrit comme un lieu de créativité, doté des commodités nécessaires pour permettre aux jeunes de s’occuper et aux artistes de faire vivre le patrimoine musical et culturel de la région.
Le projet de musée est envisagé sur un registre plus vaste : conserver, documenter et transmettre aux générations suivantes les traces matérielles de l’histoire locale. Pour Moussa Moïse Sylla, un tel établissement représente « un endroit de mémoire, de dignité, de souveraineté pour un peuple ». L’ancien journaliste insiste sur la place particulière du Fouta et de Mamou, évoquant Timbo, dont la renommée dépasse selon lui les frontières guinéennes.
Le musée est pensé aussi comme un outil de recherche, appuyé sur des livres, des photographies et des objets ayant appartenu aux grandes figures qui ont marqué la région. Le ministre cite le passage de chefs religieux et de chefs guerriers dont l’histoire pourrait ainsi être racontée aux jeunes générations.
Quatre crânes conservés en France
C’est dans ce cadre que la question des restes de l’Almamy Bocar Biro a été abordée. D’après le ministre, quatre crânes sont détenus au Musée de l’Homme, à Paris. Il les attribue à Bôkar Biro, à son fils Modi Sory, à son frère Thierno Siré et à son chef de guerre. « Il y a quatre crânes qui sont au Musée de l’Homme en France », a-t-il affirmé, rappelant le rôle de la tradition orale dans la préservation de cette mémoire.
Le ministre a signalé que certains chercheurs privilégient désormais les termes de « reliques » ou de « restes humains » pour désigner ces vestiges. Selon lui, des recherches ont été menées et des échanges ont eu lieu avec l’ambassadeur de France en Guinée afin de localiser l’endroit où ces éléments sont entreposés. Ces démarches diplomatiques auraient abouti à leur identification.
Un courrier au nom du chef de l’État
Une demande officielle a ensuite été formulée. « Nous avons fait un courrier officiel au nom du chef de l’État, du président Mamadi Doumbouya, pour demander à la France de nous retourner les quatre crânes », a indiqué Moussa Moïse Sylla.
Le ministre souligne que l’objectif ne se limite pas à exposer ces restes dans un musée. La finalité affichée est d’offrir à ces personnalités historiques une sépulture sur leur terre d’origine. Il s’est dit confiant sur l’aboutissement de la démarche, estimant que la France mesure ce que représente l’Almamy Bocar Biro dans l’histoire du pays. Il évoque, au retour de ces restes, des funérailles nationales, des prières et une réhabilitation de ces figures, ainsi que leur inhumation dans la dignité.
À Mamou, l’annonce conjugue donc réalisation d’infrastructures et enjeu mémoriel. Le ministère présente la culture comme un instrument de transmission, de recherche et de sauvegarde de la mémoire collective.