C’est une premiere que les autorites guineennes ont tenu a mettre en avant : pour la premiere fois depuis l’independance, une convention miniere est signee par une societe appartenant en totalite a l’Etat. La ceremonie s’est deroulee mercredi au Petit Palais de la Presidence de la Republique, autour de la convention de base de Nimba Mining Company (NMC), entreprise financee par des capitaux nationaux et detenue a 100 % par l’Etat guinee.
La rencontre etait dirigee par Djiba Diakite, qui cumule les fonctions de ministre directeur de cabinet de la Presidence et de president du Comite strategique de Simandou. Pour lui, l’operation ouvre une sequence nouvelle plutot qu’elle ne cloture un dossier. « C’est la premiere convention miniere signee par une societe detenue a 100 % par l’Etat guinee depuis l’independance », a-t-il declare, presentant le texte comme le point de depart d’une phase d’acceleration liee au Programme Simandou 2040.
Une convention un an apres les decrets fondateurs
Le document intervient douze mois apres les decrets presidentiels ayant institue Nimba Mining Company et lui ayant octroye un permis d’exploitation miniere. Le ministre des Mines et de la Geologie, Bouna Sylla, l’a rattache a l’accord transactionnel global conclu le 4 mai 2026, qui avait solde un differend par la negociation. Selon lui, la convention vise a renforcer la gouvernance du secteur, a securiser juridiquement les investissements et a orienter davantage l’exploitation vers le developpement economique et social du pays.
Le ministre des Affaires etrangeres, de l’Integration africaine et des Guineens etablis a l’etranger, Morissanda Kouyate, a parle d’une journee « historique ». « Depuis notre independance, la Guinee revait de maitriser totalement les ressources minieres que Dieu lui a donnees. Cette signature illustre une souverainete assumee, responsable et respectueuse de celle des autres », a-t-il affirme.
Cinq millions de tonnes deja extraites, dix visees en 2026
Le directeur general de NMC, Patrice Huillier, a livre un premier bilan des activites. Un an apres le lancement, l’entreprise fait travailler quelque 2 000 personnes en incluant ses sous-traitants, dont 98 % de nationaux. Cinq millions de tonnes de bauxite ont ete extraites a ce stade, tandis que l’objectif retenu pour 2026 porte sur 10 millions de tonnes produites et exportees. Le dirigeant a decrit la societe comme « un champion national », destine a peser dans l’extraction puis, a l’avenir, dans la transformation des ressources.
Cette perspective de transformation revient dans plusieurs interventions. Djiba Diakite a evoque la volonte de batir progressivement une filiere locale, en demarrant par la production d’alumine avant d’envisager la fabrication d’aluminium sur le sol guinee. Il a par ailleurs rappele que la convention comporte des engagements sur le contenu local, la formation des Guineens, l’emploi, le developpement des communautes et la transparence dans la gestion des ressources.
Emplois preserves et retombees attendues
La question sociale a ete abordee par plusieurs membres du gouvernement. Le ministre du Plan, de la Cooperation internationale et du Developpement, Ismael Nabe, a precise que l’ensemble du personnel de l’ancienne structure a rejoint Nimba Mining Company, aujourd’hui pleinement operationnelle. Il a rattache cette evolution au rapprochement entre la Guinee et les Emirats arabes unis, citant deux projets appuyes par le fonds d’Abou Dhabi : la realisation de l’echangeur de Cosa et une operation agricole chiffree a 30 millions d’euros.
Le ministre de la Communication, de l’Economie numerique et de l’Innovation, Mourana Soumah, a mis l’accent sur le maintien des postes lors de la reprise par l’Etat. « Aucun licenciement n’a ete effectue », a-t-il souligne, y voyant un choix en faveur des travailleurs guineens.
Le ministre des Infrastructures et des Travaux publics, Fascinet Sylla, a juge que le texte demontre la capacite du pays a « prendre son destin minier en main », se disant convaincu que l’etape suivante sera la conversion de la bauxite en alumine. Enfin, le secretaire general du ministere de l’Economie, des Finances et du Budget, Mamoudou Toure, a insiste sur la propriete integralement publique de NMC, presentee comme un levier de souverainete economique pouvant accroitre les recettes de l’Etat et generer des emplois.
Avec cette convention de base, l’executif entend faire de Nimba Mining Company une piece maitresse de sa politique miniere, adossee a une exploitation publique, au developpement du contenu local et, a terme, a la transformation industrielle de la bauxite sur le territoire.